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Guy Cassiers à propos de La petite fille de Monsieur Linh

Dans le cadre de la première La petite fille de monsieur Linh (mars 2018), la version française de Het kleine meisje van meneer Linh, Guy Cassiers parle du projet européen, avec différentes versions internationales, en plusieurs langues.

'Pour moi, La petite fille de monsieur Linh est un projet européen. L’Europe est depuis très longtemps un thème important dans mes spectacles. Ainsi Sang et roses. Le chant de Jeanne et Gilles  Cœur ténébreux, L’Homme sans qualités, Mefisto forever, Les Bienveillantes prennent explicitement pour point de départ des moments de l’histoire européenne : le pouvoir de l’Église au Moyen-Âge, le colonialisme, l’éclatement de l’Europe en 1914, la montée du nazisme et la Shoah. J’utilise cette histoire pour dire quelque chose sur la confusion de l’Europe d’aujourd’hui. Avec La petite fille de monsieur Linh, j’aborde le thème très actuel du réfugié, l’un des grands défis auxquels l’Europe fait face en ce moment.

Outre la teneur, le processus de création de La petite fille de monsieur Linh est à présent également un élément de cette dimension européenne. Pour moi, il s’agit d’une nouvelle forme de collaboration internationale. Nous avons joué le spectacle Rouge décanté en quatre langues différentes : néerlandais, français, anglais et espagnol. Le comédien Dirk Roofthooft a appris le texte dans les langues des pays où nous partions en tournée. Avec La petite fille de monsieur Linh, nous franchissons un pas de plus : nous ne changeons pas uniquement de langue, mais aussi de comédien. Je recrée chaque fois le spectacle avec un acteur du pays coproducteur. Ainsi, le comédien, sa langue et sa culture exercent un impact sur le contenu. Chaque acteur est étroitement associé à l’adaptation de la pièce. En ce moment, je travaille avec Jérôme Kircher. Son Linh “français” sera très différent du Linh “flamand” qu’incarne Koen De Sutter et très différent du Linh “espagnol”… Pour moi, il s’agit d’une manière totalement différente de collaborer. Avec La petite fille de Monsieur Linh, nous développons à partir de la Toneelhuis un trajet bien plus intensif avec nos partenaires coproducteurs en Europe. À chaque reprise, je me laisse influencer par une autre langue, un autre comédien, et certainement par un autre public. En résumé, je pourrais dire que je me glisse en quelque sorte dans la peau de Linh : je m’abandonne à un autre contexte dans une autre langue.

Le thème du réfugié a un impact différent dans chaque pays en raison des sensibilités politiques et historiques et des débats qui y sont menés. Ce sera intéressant de voir évoluer le spectacle au travers de différentes langues et aux mains de divers comédiens. À terme, mon rêve est de pouvoir faire dialoguer entre elles les différentes versions, par exemple, en faisant monter sur les planches cinq ou six Linh à la fois… Cela peut paraître paradoxal qu’un spectacle à propos des limites et des barrières de la communication verbale constitue précisément une sorte d’ode à la richesse et à l’unicité des différents récits européens. Une unicité qui n’a toutefois de valeur et de sens que par et dans la différence.'

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